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05.10.2007

Pour la liberté de la presse, encore et toujours.

Les syndicats de journalistes s'unissent pour combattre "l'information malade"
LEMONDE.FR | 05.10.07
Devant les portes du Musée social, jeudi 4 octobre, dans le 7e arrondissement de Paris, plus de deux cents journalistes piétinent. Ils ne viennent pourtant pas assister à une conférence de presse, mais à des états généraux de la profession. Pour la première fois depuis une quinzaine d'années, une union intersyndicale de journalistes, incluant SNJ, SNJ-CGT, USJ-CFDT, SJ-CFTC et SJ-FO, a appelé à la mobilisation, pour faire face à une "information malade".

Dans une salle comble, composée de journalistes venus pour assister ou couvrir la manifestation, les intervenants dressent un tableau sombre de la situation dans les rédactions. La concentration des médias, telle qu'elle est actuellement à l'œuvre dans la presse économique, suscite les inquiétudes des salariés. Dernier exemple en date, celui des Echos-La Tribune. "Demain, il ne restera qu'un seul quotidien économique, qui servira les intérêts particuliers de Bernard Arnault", explique David Larbre, du syndicat national des journalistes (SNJ), en référence au rachat possible des Echos par le président de LVMH, qui détient déjà son concurrent, La Tribune. "Que dirait-on si un constructeur automobile acquérait un journal pour faire sa propre promotion ?" poursuit le délégué.

UN STATUT POUR LES RÉDACTIONS

Les syndicats relèvent également des failles structurelles. Généralisation du chantage commercial ou politique, affadissement de l'offre éditoriale et réductions drastiques d'effectifs sont autant de motifs d'inquiétude. Pour les délégués syndicaux, la précarité constitue également l'un des problèmes majeurs de la profession : sur 37 000 journalistes titulaires de la carte de presse, 8 500 sont des précaires, pigistes ou salariés en contrat à durée déterminée. "Les pigistes sont contraints de travailler en 'low cost'", déplore un délégué de Force ouvrière.

Pour faire face à ces menaces, l'intersyndicale a établi des propositions communes, élaborées lors de réunions hebdomadaires entre tous les responsables ; elle invite également les citoyens à signer une pétition. "Nous ne demandons pas à cogérer l'entreprise, ni même à définir la ligne éditoriale, nous demandons à pouvoir bien faire notre métier", défend Nathalie Boisson, de la CFDT. Les syndicats de journalistes militent ainsi pour qu'une loi garantisse l'indépendance juridique des rédactions.

APPEL À MANIFESTER LE 5 NOVEMBRE

Ils souhaitent que l'équipe rédactionnelle soit "obligatoirement consultée" sur tout changement de politique éditoriale, ainsi que lors de la nomination d'un responsable de la rédaction."Nous voulons instaurer une sorte de droit de veto en cas de modification de la ligne éditoriale", précise Alain Girard, du SNJ. Les syndicats souhaient également que les entreprises de presse soient contraintes de publier "toutes les informations relatives à la composition de leur capital et de leurs organes dirigeants".

Cette réunion, fruit d'un compromis entre les syndicats, a pu sembler trop abstraite à certains membres de l'assistance. Elle ne constitue toutefois qu'une étape dans la bataille "pour l'indépendance de la presse et des rédactions". Les syndicats ont en effet appelé à manifester le 5 novembre devant l'Assemblée nationale à Paris, alors que d'autres pays européens ont également prévu des initiatives similaires. 


Laurent Checola

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