12.06.2008

Tête de révisions...

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02.03.2008

Livrel

LE LIVRE DE DEMAIN

 

Considéré pendant un moment comme une simple lubie technologique, le livre numérique refait sérieusement parler de lui à la faveur de la présentation faite par Sony de son e-book seconde génération à la fin de l'année 2007. Un nouveau prototype de livre électronique plus performant qui a très vite remporté un succès énorme outre-Atlantique et au Japon, et qui a eu le mérite de relancer le débat autour de l'édition et de l'avenir du livre.

 
Gutenberg risque-t-il de passer définitivement à la trappe ? L'ère du papier est-elle en train de connaître ses derniers moments de gloire ? Le tout-numérique est-il en passe de devenir une réalité tangible ? Rien de plus difficile à déterminer pour l'instant. Mais ce qui est désormais sûr, c'est que la numérisation gagne tous les jours plus de terrain.

A peine quelques centaines de grammes, d'une qualité de lecture qui n'a rien à envier à celle du papier : ce petit gadget sur lequel on peut télécharger les textes à lire est désormais prêt à devenir un produit de masse. C'est en tout cas ce que prédisent les spécialistes. Outre les avantages du livre classique, le livre de demain, qui fonctionne comme n'importe quel terminal électronique, a l'avantage d'avoir une capacité de stockage beaucoup plus importante. En tant qu'objet, il a toutes les chances d'être très rapidement intégré dans l'univers domestique au même titre que le Ipod ou le téléphone portable, par exemple. En France, l'idée fait en tout cas son chemin. L'édition E-paper des Echos, le Cybook ou encore le Kindle d'Amazon qui ont vu le jour fin 2007 ont donné le la de la tendance à la “dématérialisation” qui s'opère dans le monde de l'édition. Le support livre électronique pourrait d'ailleurs faire très rapidement son entrée dans le domaine de l'édition scolaire. Plusieurs solutions de manuel numérique vont être expérimentées, notamment sous forme de dictionnaires et de supports pédagogiques pour l'apprentissage des langues vivantes.


Un rouleau compresseur appelé “numérisation”

Cette évolution qui s'opère progressivement dans le monde de l'édition aura-t-elle pour conséquence la disparition de nos bons vieux bouquins ? Pour l’instant, les spécialistes répondent par la négative : le livre en soi ne pourra pas être suppléé par un autre support. Il pourrait même vivre une seconde vie grâce à l'innovation technologique. Mais si les horizons qu'ouvre la dématérialisation du livre demeurent flous, il est un fait : les livres sous forme papier cèdent tous les jours du terrain devant une tendance quasi frénétique à la numérisation des oeuvres. En effet, les projets de numérisation fusent de partout. Le plus ancien, le projet Gutenberg, lancé par Michael Hart en 1971 et qui aujourd'hui se présente sous la forme d'une bibliothèque de “e-texts”, essentiellement du domaine public, avançait en 2006 le chiffre de 18.000 livres dans sa collection. La Bibliothèque numérique européenne (BnuE), projet chapeauté par l'Union européenne, table sur la numérisation de 2 millions d'ouvrages pour cette année et sur 6 millions d'ouvrages numérisés en 2010. Le but est de créer un patrimoine culturel européen et transnational, sous forme numérique, accessible depuis Internet et gratuit pour les oeuvres libres de droit.

Avec pour objectif “la sauvegarde de la mémoire de l'humanité”, la Bibliothèque numérique mondiale lancée par l'Unesco vise à son tour à numériser et mettre à disposition sur Internet des documents de toute nature représentatifs du patrimoine mondial dans le but de faciliter l'éducation et la recherche à travers le monde. A cela, il faudra ajouter les fonds de Gallica, l'encyclopédie en ligne de la BNF : 90.000 ouvrages numériques. D'autres projets plus lucratifs sont également en cours à l'instar du kiosque numérique d'Amazon, Google Print ou Yahoo/British library, en attendant bien sûr l'entrée en jeu des géants Microsoft, Nokia ou Apple.
Ces projets qui ont le mérite d'assurer une certaine forme de pérennité aux oeuvres, ouvrent cependant sur d'autres problématiques dont les plus inquiétantes sont celles relatives au marché de l'édition papier. En effet, la dématérialisation du livre inquiète de plus en plus les éditeurs qui craignent que le secteur de l'édition, encore en croissance en 2007, ne subissent sérieusement le même sort que celui du disque.


Et la littérature dans tout ça ?

 
Il devient en tout cas de plus en plus évident que cette nouvelle donne aura des conséquences sur le circuit du livre dans les librairies qui devront s'adapter, mais aussi dans les bibliothèques classiques. En effet, il est à craindre que les projets de numérisation ne finissent par constituer une véritable menace pour les bibliothèques. Lieu de lecture et de documentation, elles sont aussi et surtout des lieux de “sociabilité” qui risquent de disparaître. Si une telle extrémité n’est pas encore d’actualité, cette nouvelle donne technologique pose à nouveau la question du “lien social” et donc de son impact humain.
Le changement du support pose également une autre question non moins importante, celle de mesurer les répercutions sur la création littéraire. Comment en effet concevoir la littérature et sa réception à l'ère du tout-numérique ? Il est à noter que les premiers "romans" hypertextuels sur CD-Rom ont été publiés en France en 1996 et que de nouvelles formes d'écriture surgissent régulièrement sur le Web.
Mais si cette écriture hypertextuelle se banalise, il reste à savoir si la dimension “multimédia” de l'e-book, par exemple, induira de nouveaux processus de création notamment par l'introduction du son et de la vidéo. Des passerelles nouvelles seront-elles possibles entre les différents modes d'expression ? La littérature bénéficiera-t-elle de nouveau matériaux ? Quelle littérature pour le XXIe siècle et quels nouveaux types de rapports induiront-ils dans la relation entre l'écrivain et le lecteur ? Des questions qui ouvrent sur autant de perspectives et qui questionnent de façon fondamentale la vocation même d'être écrivain.

12.01.2008

Mot du jour

La zemblanité

De la même façon qu'Horace Walpole a forgé le mot « sérendipité » à partir de Serendip, William Boyd a inventé le terme opposé de « zemblanité » à partir du nom de la Nouvelle-Zemble (une île aride située dans l'océan Arctique, aux "antipodes" du Serendip - Sri-Lanka). La zemblanité se définit comme la faculté de faire exprès des découvertes malheureuses, malchanceuses, et attendues.

f312595eec214b81aa7d802011a6825b.jpg( Sérendipité :  caractéristique d'une démarche qui consiste à trouver quelque chose d'intéressant de façon imprévue, en cherchant autre chose, voire rien de particulier. )

15.12.2007

Knol

Google lance Knol pour concurrencer Wikipedia
LEMONDE.FR avec AFP et AP

Le groupe Google a décidé de créer une encyclopédie en ligne baptisée Knol. Le terme "knol" est un contraction de l'anglais "knowledge", désignant le savoir. "Il y a des millions de personnes qui détiennent des connaissances utiles qu'ils aimeraient partager", explique Google sur son blog officiel. "En début de semaine, nous avons demandé à quelques personnes sélectionnées d'essayer un outil nouveau et gratuit pour écrire des articles que Google appelle knol ", indique la firme américaine. "Notre but est d'encourager les gens qui connaissent un sujet en particulier à écrire un article de référence dessus", ajoute Google.


En concurrence directe avec Wikipedia, Knol s'en distinguera à plus d'un titre. D'abord en désignant un seul auteur par article, alors que sur Wikipedia, les articles sont collaboratifs. Chaque article sera signé, mais les internautes pourront ajouter des commentaires, contenus additionnels, références et photos. Par ailleurs "il y aura plusieurs Knol en concurrence" sur un même sujet, explique Google.

Ensuite, contrairement à Wikipedia, cette nouvelle encyclopédie accueillera de la publicité. "A la discrétion de l'auteur, un Knol peut avoir des publicités. Si un auteur choisit d'avoir des publicités, Google lui offrira une part subtantielle des recettes tirées de ces publicités", explique le géant californien.

Google annonce qu'il espère que ces articles en ligne couvriront "tous les sujets, allant des concepts scientifiques à l'information médicale, de la géographie à l'histoire, les loisirs, les modes d'emploi ou les produits" et assure qu'il n'interviendra pas sur les contenus : le contrôle en "restera aux mains des auteurs".

Interrogé sur la naissance de ce nouveau concurrent, déjà surnommé par certains Googlepedia, le fondateur de Wikipedia Jimmy Wales s'est montré serein : "Google fait beaucoup de choses géniales, mais beaucoup de ces choses géniales ne réussissent pas tant que ça". La rivalité entre les deux poids lourds du net s'annonce d'autant plus vive que Wikipedia s'apprête à lancer un moteur de recherches, en concurrence directe avec Google.

06.11.2007

Nébuloscope

Le Nébuloscope est un outil qui permet de visualiser sous forme de nuage le "monde lexical" d'une requête sur le Web francophone. Vous pouvez naviguer sur le nuage de clic en clic pour affiner votre requête...

Par exemple, ici recherche sur "Documentation":

 

22.10.2007

Lue ou pas lue, en tout cas, vue!

C'est quoi un prof-doc?

a2b0a4ae10917ce959f61c81517df92a.jpgSouvent, quand j'explique que je prépare un CAPES Documentation pour devenir professeur-documentaliste, la première réaction de mes interlocuteurs est en fait une non-réaction. Un grand blanc s'installe...Puis, leurs yeux deviennent tout rond et enfin, ils sortent un son de leur bouche et me disent : "C'est quoi un professeur-documentaliste"?"

Alors là, je me dis que j'aurais mieux fait de me taire parce que si je me lance dans les explications, non seulement on est pas couché mais en plus, je ne suis pas certaine d'arriver à persuaduer mon interlocuteur que prof-doc, c'est un vrai métier et qu'en plus, c'est indispensable...Alors, non je ne vais pas recouvrir des livres toute ma vie et oui, les SIC ça s'apprend à l'école!

Et pour ceux qui voudraient vraiment savoir et comprendre ce que fait un prof-doc de ses semaines et qui, en même temps n'ont rien contre le fait de m'éviter une longue explication, je leur dis : être prof-doc, c'est CA .

10.10.2007

Bien vu !




Jean-Michel Salaün est directeur de l’Ecole de bibliothéconomie et des sciences de l’information de l’université de Montréal. Il a été, auparavant, professeur à l’Enssib et a dirigé le réseau Documents et Contenus du CNRS. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages consacrés à l’information-documentation.

 

Jean-Michel Salaün

« De nouveaux modèles d’organisation documentaire vont se construire »

Bruno Texier
archimag - dec 2006 / janv 2007


Archimag. Que vous inspire cette reconnaissance desprofessionnels de l'infodoc ?

Jean-Michel Salaün. Pas grand-chose sinon qu’il est toujours gratifiant d’être reconnu, mais je ne fais carrière ni dans le show-biz, ni dans la politique [rires].

Que s'est-il passé de significatif dans votre domaine professionnel ces dernières années ?

Du côté des archives, la mise en place progressive du records management dans les organisations. Pour la documentation, le passage de la veille à l’intelligence économique. Pour les bibliothèques, enfin, leur rajeunissement par la transformation architecturale, l’ouverture et le succès de l’intégration des supports audiovisuels dans les collections offertes au public. Et pour tous, bien sûr, le numérique et l’explosion du web. Une transformation des pratiques d’écriture, de recherche, de partage, de classement, de lecture et d’écoute, favorisant la montée d’organisations fondées sur des bases économiques alternatives– moteurs, services de web 2.0 –, ce qui déplace la relation sociale au savoir et à la culture.

Quelles sont, selon vous, les perspectives de l'infodoc dans les années à venir ?

Il est hasardeux de prévoir, tellement les changements sont rapides. Pour ma part, je retiendrai principalement, sans ordre hiérarchique et au risque d’être contredit demain, les défis suivants : le déplacementdes frontières entre le public, le collectif et le privé, pour les pratiques documentaires de loisir et professionnelles, pour les modes d’organisation institutionnels et pour les régulations juridiques et techniques ; la prise en compte des bases de données comme des documents, ou l’intégration des documents dynamiques, et plus généralement l’intégration des savoirs informatiques utiles pour accompagner les changements, notamment en prévision du web sémantique ; la gestion de la mémoire, y compris celle de la preuve et de la propriété, et de l’oubli avec la pérennisation des documents numériques et leur élimination, et le passage à une échelle de grand nombre dans les documents numériques ; l’intégration des savoirs documentaires dans les pratiques quotidiennes et la place des professionnels de la documentation, le positionnement des médiateurs dans un environnement en révolution technique ; la fracture générationnelle entre les pratiques des jeunes nés, ou presque, avec le numérique et celles des autres tranches d’âges ; le départ à la retraite des baby-boomers, dans les institutions documentaires et ailleurs, et ses conséquences sur les ressources humaines, sur les pratiques culturelles et sur l’essor des fondations ; la prise en compte de la diversité culturelle dans toutes ses dimensions de patrimoine documentaire et de pratiques d’échanges de documents de toutes sortes, comme un élément constitutif des sociétés à venir. Vraisemblablement, de nouveaux modèles d’organisation documentaires vont se construire. Mais les archivistes, les bibliothécaires et les documentalistes conserveront leur mission et la responsabilité de mettre de l’ordre dans le chaos.

ZEP>Ambition Réussite

Le collège Rimbaud d'Amiens salue le bon bilan de la réforme "ambition réussite"
LE MONDE
AMIENS ENVOYÉ SPÉCIAL


Le collège Arthur-Rimbaud, à Amiens, a connu en septembre sa deuxième rentrée en tant qu'établissement "ambition réussite". Ce label désigne 253 collèges et 25 lycées choisis au sein des zones d'éducation prioritaire (ZEP) pour leur situation particulièrement difficile et qui bénéficient de moyens renforcés en heures d'enseignement et en personnels. Le projet a été mis en place en 2006 par le prédécesseur de Xavier Darcos au ministère de l'éducation, Gilles de Robien.


Depuis, celui-ci a retrouvé son fauteuil de maire d'Amiens, où il avait imposé en 1999, contre l'avis des syndicats, la construction de ce nouveau collège dans le quartier "difficile" du Pigeonnier, en cours de réhabilitation. Ouvert en 2003 et classé ambition réussite en février 2006, l'établissement, d'architecture élégante, accueille cette année 368 élèves encadrés par 46 professeurs. Lors d'une première visite à la rentrée 2006 (Le Monde du 4 septembre 2006), les enseignants se montraient d'attaque, mais encore "dans le flou". Ils commencent à engranger des résultats.

"Cette réforme nous est un peu tombée dessus", se rappelle Gaëlle, professeure de lettres classiques, mais l'équipe "a pris le projet à bras-le-corps". Chaque collège ambition réussite, regroupé avec les écoles ZEP de son secteur dans un "réseau", a son projet. Celui de Rimbaud pour 2007-2008 est décliné en trois "axes" dont le premier s'intitule "des pratiques pédagogiques au service de l'acquisition du socle commun". Son énoncé complet ne dirait rien à un non-enseignant : les projets d'établissements peuvent être un pur exercice de langue de bois ou une plate-forme mobilisatrice, lorsque les personnels y croient. C'est ici le cas.

Comme Sophie, enseignante en lettres modernes, Gaëlle (qui ne souhaite pas non plus que son nom soit publié) se dit néanmoins "gênée" de disposer de moyens supplémentaires "au détriment" d'autres établissements. Eric Alexandre, le principal, préfère parler à ce sujet de la "solidarité départementale". Parmi les quatre professeurs "référents" déchargés d'heures de cours pour participer à l'accompagnement des élèves, Sophie et Gaëlle assurent 9 heures de classe au lieu de 18. En fait, "c'est encore plus de travail, mais plus libre et très stimulant", disent-elles.

Arnaud Farcy, professeur de mathématiques, autre "référent", s'est investi pour sa part dans une tâche de bénédictin consistant à affiner les indicateurs de suivi des élèves, jusqu'au lycée. Un "chemin immense" a été parcouru, selon lui. La liaison entre le CM2 et la sixième a été améliorée. Parmi les dix assistants pédagogiques affectés au réseau, Adeline Buchard, qui prépare son capes de lettres, et Vincent Manchette, en master d'économie, s'occupent des études dirigées en petits groupes et du soutien individuel.

MODE DE TRAVAIL PLUS COLLECTIF

Enseignants et membres de l'administration, au fond, disent leur engagement dans un mode de travail plus collectif et plus intense. Ils attendent d'en récolter les fruits. Mais dans l'éducation nationale, les résultats ne s'obtiennent que dans un temps long. Comme l'équipe le voyait venir avec appréhension en suivant d'année en année, depuis 2005, l'évolution d'une cohorte d'élèves "sinistrée", le taux de réussite au brevet est resté très mauvais en juin 2007 : 54 %, contre 66 % en 2006.

Mais les très nets progrès réalisés en termes de comportements ont permis de faire passer au second rang l'objectif initialement premier, qui était "le respect comme exigence commune". Enfin, la volonté de "favoriser la mixité sociale" s'est traduite par un succès historique à l'échelle de l'établissement : 14 élèves venant d'une école de Saint-Pierre, le quartier chic qui jouxte le Pigeonnier, sont inscrits cette année, contre aucun il y a deux ans. C'est un petit début de réussite. "Il faut au moins quatre ans pour changer vraiment les choses", rappelle Sandrine Authouart, principale adjointe.


Luc Cédelle

06.10.2007

De l'importance de la culture information et de l'indispensabilité des profs doc

Les enfants de la Net-génération
LE MONDE | 06.10.07


Mail, chat, blog, jeux en ligne : partout dans le monde, pour les 13-24 ans qui ont accès à l'ordinateur, les liens sociaux passent par le Web. Aux Etats-Unis, plus de la moitié des 12-17 ans sont utilisateurs d'un site communautaire (type MySpace). En France, la messagerie instantanée (type MSN) attire 35 % des internautes - des adolescents pour la plupart. Et l'immense majorité des blogs personnels (50 millions créés dans le monde depuis 2004) est tenue par des collégiens et des lycéens, pour qui l'usage de ces "TIC" (technologies de l'information et de la communication) est devenu aussi naturel que celui du téléphone ou de la télévision.

Quels comportements auront à l'âge adulte ces enfants de la Net-génération ? Seront-ils plus sociaux que les générations précédentes ? Plus solitaires ? Affectivement plus fragiles, intellectuellement plus polyvalents ? Certitude : d'ores et déjà, leur réseau de sociabilité s'étend bien au-delà du réseau des contacts physiques. "Etre fille ou fils de... compte moins aujourd'hui qu'être en lien avec...", constate Sylvie Octobre, sociologue au département des études, de la prospective et des statistiques du ministère de la culture. "Ce que les jeunes sont en train d'apprendre, c'est à être capable d'entretenir la bonne relation avec la bonne personne en n'importe quel point de la planète." Un "capital social" qui, selon elle, constituera un véritable avantage dans nos sociétés futures.

"Avec les communautés virtuelles, poursuit-elle, chacun prend conscience qu'il est un individu parmi des millions d'autres, mais aussi qu'il peut être contacté depuis le monde entier. Cela confère aux adolescents une légitimité nouvelle, qu'ils ne trouvent ni en famille ni dans le milieu scolaire." Au sein de la sphère privée et familiale, ces nouvelles compétences ne vont pas sans bouleverser les principes traditionnels. A la transmission descendante, des parents aux enfants, s'est ainsi ajoutée une transmission ascendante, des enfants aux parents... Et, surtout, une transmission horizontale entre pairs.

Pour ces jeunes rompus à la Toile dès l'entrée au collège, parfois même avant, les critères d'appartenance ne sont plus tant sociodémographiques (avoir tel âge, être de telle région ou dans telle classe) que relationnels. Passionnés du chanteur Sean Paul,du jeu de go ou de fusées à eau, il leur est désormais possible de se retrouver entre initiés autour d'un thème fédérateur, même si celui-ci ne réunit dans le monde que quelques centaines d'aficionados... "Se sentir unique tout en sachant qu'on n'est pas tout seul, n'est-ce pas le rêve de tout le monde, et plus encore des adolescents ?", remarque Mme Octobre, pour qui cette nouvelle conception du réseau, rodée dès le plus jeune âge, "modifiera durablement les habitudes relationnelles". Témoin le succès de Facebook (25 millions d'inscrits à ce jour), ce site de socialisation sur lequel lycéens et étudiants sont invités à décrire leur profil, et qui parie sur la simple envie d'échanger et de partager.

Tout de même : à trop fréquenter ces communautés virtuelles, nos enfants ne risqueraient-ils rien d'autre que de mauvaises rencontres ? Les dédoublements d'identité (pseudos, avatars) dont ils usent avec bonheur ne peuvent-ils être nocifs pour le développement de leur personnalité ? "Bien au contraire, l'alter ego numérique peut parfois redonner un peu de souffle à notre être réel", estime le psychologue Michael Stora, pour qui cette double personnalité, virtuelle et réelle, "est à l'image d'un fonctionnement propre au narcissisme qui s'appelle le clivage". Président de l'Organisation des mondes numériques et sciences humaines (OMNSH), il estime que le vrai danger n'est pas là. Pas plus que dans un avenir "peuplé de nomades ultra-connectés, sortes d'obèses aux doigts hypertrophiés, pur produit de notre imagination". En revanche, il craint que l'usage immodéré de l'ordinateur n'entraîne, pour les plus fragiles (des garçons, pour l'essentiel), "la disparition des rencontres en IRL" ("in real life" : dans la vie réelle).

"La cyberdépendance, quand elle est avérée, vient toujours mettre au jour un problème, remarque-t-il toutefois. Comme pour l'alcool et le tabac, l'objet technologique révèle chez certains individus une structure addictive, mais il ne la fabrique pas." Toxiques pour certains, les TIC auraient pour d'autres des fonctions curatives. "Beaucoup de gens se soignent par le biais des chats ou des forums, et utilisent ces outils comme des expériences auto-thérapeutiques", poursuit M. Stora, que la clinique a conduit à rencontrer nombre de personnes "ayant osé, grâce à cette pratique solitaire, affronter et dire certaines choses". Le Web deviendra-t-il, parmi d'autres, un remède contre les maux de l'âme ? L'avenir dira si ces lieux virtuels constituent "un nouvel opium du peuple, grâce auquel chacun pourra exprimer sa violence intérieure tout en étant, dans la vie réelle, plus soumis qu'aujourd'hui". Ou s'ils seront, au contraire, des endroits "où l'on apprendra l'insoumission"...

Moins pudiques, plus agiles et plus inventifs, les enfants de la Toile, à en croire certains, présenteraient toutefois une tare majeure : à force d'être sollicités par mille choses à la fois, leur capacité de concentration se réduirait comme peau de chagrin. Mais comment en être sûr ? Et qu'est-ce qui sera le plus utile dans la société de demain : être capable de se fixer longtemps sur une même activité, ou gérer plusieurs tâches en même temps ?

"A en juger par l'évolution récente du marché du travail, de nombreux métiers demanderont de plus en plus de savoir être polyactif", estime Mme Octobre. Pour cette sociologue, le vrai enjeu, en termes de maîtrise de la connaissance, ne concernera pas la capacité de concentration, mais la hiérarchie de l'information. "Pour réussir, il faudra de plus en plus avoir appris à trier, sélectionner et classer par ordre de pertinence la masse d'informations disponibles sur le Net. Là résideront la vraie difficulté, et la vraie source d'inégalités." Un terrain sur lequel, dès aujourd'hui, l'éducation a un rôle majeur à jouer.


Catherine Vincent

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